Si l'on déploie l'histoire de l'évolution de l'intelligence sur une ligne du temps, ce qui frappe d'abord n'est pas un événement précis, mais laformede cette courbe : elle n'est pas une droite à pente régulière, mais une courbe qui reste presque au sol dans sa première moitié avant de s'élever brutalement dans la seconde. C'est cette échelle temporelle que nous voulons établir ici :L'accélération de l'évolution de l'intelligence et la compression des cyclesl'évolution n'avance pas à vitesse constante, c'est un processus d'accélération porté par le renouvellement des supports.
Deux chaînes : les supports migrent, les cycles se compriment
Si la courbe s'infléchit, c'est parce que deux phénomènes se produisent simultanément.
- Chaîne de migration des supports: accumulation génétique → langage et culture → logiciel, puissance de calcul et intelligence artificielle. Chaque migration modifie la condition fondamentale du « où l'information peut exister et à quelle vitesse elle peut être copiée ».
- Chaîne de compression des cycles: générations → années → mois → itération unique. Un cycle complet d'« essai — conservation ou élimination » passe d'une durée comptée en générations à une durée comptée en années, puis en mois, et enfin à une seule génération, une seule compilation, un seul cycle d'entraînement et d'évaluation.
Les deux chaînes se correspondent une à une : à chaque niveau de support atteint correspond un palier de compression du cycle. Se souvenir de l'une suffit souvent à retrouver l'autre.
Pourquoi la courbe s'élève brutalement
L'accélération ne vient pas d'un facteur isolé qui agirait en continu, mais du fait que, dans la boucle « essai-erreur — copie — sélection », lecoût unitaireet ladurée unitairene cessent d'être abaissés : copier une solution candidate coûte de moins en moins cher, valider un cycle prend de moins en moins de temps, si bien que le nombre d'essais réalisables par unité de temps augmente de façon exponentielle. C'est là l'hypothèse explicative proposée dans cette page, et elle peut servir de point d'appui pour la discussion en classe.
Il en découle un constat essentiel :on ne peut pas appréhender cette courbe par extrapolation linéaire. Chaque fois que le support change et que le coût d'une étape chute d'un ordre de grandeur, la pente de toute la courbe fait un nouveau bond : prédire l'avenir à partir des vitesses passées conduit à sous-estimer systématiquement l'élévation de la seconde moitié.
Le maillon sous pression : de la génération à la décision
Plus le cycle est court, plus « générer des candidats » devient bon marché ; mais ce qui décide vraiment du succès, c'est toujours « quel candidat est réellement efficace ». Lorsque l'étape de génération est fortement accélérée, ce sont précisément la sélection et la validation qui se retrouvent sous pression : d'une condition implicite, elles deviennent un goulot d'étranglement explicite. La ligne pointillée grise qui se maintient au-dessus de la courbe en escalier bleue représente justement le retard relatif du « coût de sélection et de validation ». C'est là le second constat que cette page cherche à établir :l'accélération ne change pas seulement la vitesse, elle change aussi la répartition de l'attention.
